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LES GRANDES PROPRIÉTÉS AUX XIXe ET XXe SIÈCLE


Le Château-Vieux

Jean-George Treuttel, libraire-éditeur strasbourgeois (cf. biographie ci-après), qui vient de s’implanter à Paris, rue de Lille, cherche une « campagne » pour s’installer dans les environs de la capitale. Le 22 Ventose An III (12 mars 1795), Jean Jacob, notaire à Groslay, achète pour le compte du libraire strasbourgeois, au prix de 130 000 livres, le domaine du « Vieux château ». Cette propriété s'étend alors sur presque 4 hectares. Elle est comprise entre les rues d’Enghien, du Château, des Blots, de Montmorency, plus des parcelles au nord de cette rue et au sud de la rue d'Enghien, et d’autres encore jusqu’au chemin du Clos de Paris et près de l'église. J.-G. Treuttel meurt en 1826 et sa femme le 11 octobre 1835. Leurs gendres vendent le Château Vieux, cependant rénové, à Ernest David et Madame Veuve Forestier, qui ne restent que huit ans.

Alcide Billaut, syndic des Agents de Change de Paris, achète la propriété en 1840 et la garde jusqu’à son décès en 1885. Comme les Treuttel, il a beaucoup de relations et invite ses amis et connaissances à sa campagne.

« Ce vieux village, au milieu des orages de la révolution, a providentiellement conservé son château. Habité depuis plusieurs années par M. Billaud, ancien syndic des agents de change, et membre de la commission municipale de Paris, ce délicieux manoir a été l'objet d'une transformation complète par son nouveau propriétaire.

Le château de Groslay est souvent visité par l'aristocratie financière et quelquefois par le premier magistrat du département de la Seine : merveilleusement situé sur le penchant d'un verdoyant coteau, on découvre de sa terrasse, jusqu'à Paris, une vue riante et magnifique, qui s'étend sur la basilique de Saint-Denis, le Montmartre, l'arc de triomphe de l'Étoile, les Champs-Elysées, le bois de Boulogne, etc.

Une variété infinie de plantes, de fleurs et de fruits dans les jardins et les potagers, la réunion d'arbres exotiques de tous genres dans le parc. Les serres et les jardins d'hiver les plus ornés et les plus fleuris, font de ce château, demeure courtoise et hospitalière, une des résidences les plus élégantes et les plus recherchées de la vallée de Montmorency »1.

Il laissera son nom à l’une des rues de Groslay, en limite de Montmorency, où l’on trouvera encore quelques années, le « Bois Billaut », qui n’est plus maintenant qu’un souvenir !

Après le court passage d’un certain Auguste Arnould, qui n’habite presque pas la demeure, celle-ci est revendue en 1888 à Charles Durey, époux de Mademoiselle Sohy. Cet industriel fabrique des pompes, notamment à incendie. Plusieurs modèles de ces appareils sont visibles à Osny au Musée des Sapeurs Pompiers.

Après la guerre 14/18, la société La Propriété Foncière achète en 1922 ce qui reste du domaine, qu’elle divise en 150 lots. 148 d’entre eux sont vendus aux quelque 90 membres de la Société du Parc du Château de Groslay, ce qui veut dire que certains sociétaires achètent deux ou plusieurs lots. Deux voies nouvelles sont aménagées : l'Avenue du Château Vieux (rue Raoul Duchêne) et l'Avenue de Bellevue (rue du Docteur Bénasson).

Le château quant à lui, avec ses annexes et son grand jardin, constitue le 149ème lot2, qui devient un établissement de standing avant d’accueillir en 1933 les Religieuses Salésiennes. Elles y installent leur noviciat, qui deviendra par la suite leur maison de retraite.


Le château des Beauharnais

Nous trouvons ensuite, après divers propriétaires, Paul du Boÿs, qui devient maire de Groslay de 1865 à 1871. C’est lui qui doit gérer l’occupation de Groslay par les troupes prussiennes, bavaroises et wurtembourgeoises en 1870-1871. Le fils de Paul, Charles du Boÿs, poursuit les embellissements que son père a commencé à apporter à la maison, dont les façades sont entièrement refaites, et au parc, complètement replanté. Un autre édile de Groslay, Ludovic Bénasson (maire de 1925 à 1935) occupe plus tard la propriété. Son épouse, née Parignac, ouvre une maison d’éducation pour jeunes filles étrangères de la haute société, surtout des Anglaises et des Américaines (probablement de 1928 à 1932). Le domaine est acheté en 1933, par les Sœurs Servites de Marie, qui installent d’abord leur noviciat et leur provincialat, ainsi qu’un établissement pour personnes âgées. Puis elles ouvrent un établissement de soins, la clinique Sainte-Marie, qui cesse ses activités en 1998. Les sœurs aménagent les communs en maison de retraite et cèdent le reste de la propriété à une société immobilière.


Belle Alliance – Bon Accueil

On relève dès 1774 l’existence de plusieurs bâtiments donnant sur la Petite Rue, propriété de dame Saulnier, occupant, entre autres, ce qui deviendra plus tard la place de la Libération. Deux majestueux bâtiments se tiennent côte à côte, l’un des deux ayant été démoli au milieu du XX° siècle. Ces bâtiments hébergent des bourgeois et des industriels parisiens jusqu’à la première guerre mondiale.

Le style Louis XIII est conféré au château par les transformations de M. Chansard dans les années 1830. Jean Couverchel, maire de Groslay en 1849 l’a occupé.

En 1864, la propriété s’étend au sud par acquisition du Clos Marchais. Un potager et un jardin d’agrément sont alors reliés au château par une passerelle métallique qui enjambe la ruelle des Marchais.

De riches familles industrielles vont se succéder, souvent pas le biais de mariages à partir de 1868 : la famille Rodier (textiles), gendre de M. et Mme Chansard, puis les Menier (le chocolat), puis ce sont les Lesieur (les huiles) et les Potin (la chaîne de magasins). De nombreux aménagements paysagers en font une propriété d’un luxe exquis : grotte, bassin, rivière artificielle, passerelle enjambant la rue de la station pour rejoindre le potager et sa gloriette à la vue imprenable sur Paris…

La guerre de 1914 voit briller les derniers feux de la fête insouciante. La demeure actuelle est vendue au département de la Seine qui le transforme en Préventorium pour héberger les tuberculeux puis le réunit à la demeure voisine en 1926. Le sanatorium fonctionne jusqu’en 1937 avec l’appui de la fondation franco-américaine, présidée par Edith Warton. La deuxième guerre mondiale provoque la déshérence du domaine. Bon Accueil est détruit durant l’occupation et le château Louis XIII est quasi abandonné.

Il faudra attendre 1960 pour voir s’installer un centre de post-cure qui deviendra un centre de rééducation professionnelle aujourd’hui en activité. Le centre est rattaché à la ville de Groslay depuis 2003.


La Grande Maison

En 1868, la famille Nantet, qui possède cette demeure depuis 1815, la vend en indivision à la famille Marin et elle restera entre les mains de cette famille jusqu’en 1999, date de l’acquisition par les actuels propriétaires. Repérée dans les années 1970-80 pour son intérêt historique, la Grande maison figure dans la collection de l’Architecture rurale française, dirigée par Jean Cuisenier, dans le volume consacré à l’Ile-de-France. Plusieurs intérieurs paysans ont été restitués et des éléments caractéristiques de l’architecture rurales son conservés.


Le château des Forges

À la fin du XIX° siècle, la maison est acquise par Magner Bedu, qui installe à Groslay, le long de l’actuelle rue Carnot, une usine de charrues, de renommée internationale. Il y loge son personnel et la maison est alors associée aux forgerons. Après sa mort en 1934, la production de Magner-Bedu cesse dans les années 1950.


L’armorial de Groslay

La description héraldique des armes de la commune de Groslay est la suivante : « de gueules au cep de vigne d’argent mouvant de la pointe fruité de deux pièces d’or, au chef du même chargé d’une hure de sanglier arrachée de sable et défendue de gueules ».

Ces armes évoquent l’activité de la ville, en effet, jusqu’au milieu du XIXe siècle la principale culture est celle de la vigne, au pied du versant oriental de la colline de Montmorency. En outre, ce sont des armes parlantes par la présence de la hure de sanglier : gros-laie3.


 

L’EVOLUTION AU XXe SIÈCLE

(à venir : résumé de la contribution de G. Aubert dans le livre de Pacaud)


ILS ONT HABITÉ GROSLAY


Jean-Baptiste Lully, surintendant de la musique sous Louis XIV a-t-il vraiment habité Groslay ?

Lully, compositeur italien, puis français, de la période baroque, aurait habité Groslay selon Charles Lefeuve, mais cette présence n’a laissé aucune trace dans le village et on peut douter de la fiabilité des sources de l’auteur du Tour de la Vallée. Voici ce qu’il en dit, en 1866 :

« (La musique) devait parler encore mieux, lorsque Lully habitait le village. Il vint malade, il s’en alla guéri. Son habitation à Paris était une maison qui se retrouve rue Neuve-des-Petits-Champs, au coin de la rue Sainte-Anne, avec une boutique à l’enseigne, aussi ancienne, de l’Epée-de-Bois. Que ne puis-je désigner aussi la maison de campagne qui lui donna l’hospitalité ! N’y avait-il pas de quoi, pour la Vallée, à cette époque, être lulliste ? La semence musicale y fut jetée, comme on le voit, de main de maître »4.

 

Deux curés de Groslay dans l’entourage de Jean-Jacques Rousseau et des Encyclopédistes

Deux prêtres groslaysiens, à la fin de l’Ancien Régime, fréquentent le milieu littéraire incarné par Mme d’Epinay au château de la Chevrette à Deuil et qui compte des philosophes comme Rousseau, Grimm, d’Holbach et des Encyclopédistes tels que Diderot et d’Alembert5.

L’abbé Maltor, le « curé de Groslay » de Jean-Jacques Rousseau

L'abbé Antoine Maltor a passé presque la moitié de sa vie (1735-1767) à Groslay où il a occupé le presbytère qui sera plus tard habité par les Comartin et les demoiselles Rambaud (cf. ci-après), et où il est décédé. Licencié en droit, il a été secrétaire du comte de Luc. Lorsque ce dernier se retire en son château de Savigny-sur-Orge, son frère, Monseigneur de Vintimille, archevêque de Paris, offre la cure de Groslay pour retraite à l’abbé Maltor. Très cultivé, celui-ci entretient des relations fréquentes avec Jean-Jacques Rousseau, avant l’arrivée de ce dernier à Montmorency6 et encore davantage après son installation à l’Ermitage. Le philosophe genevois parle de lui avec affection dans ses Confessions :

« J'avais, plus près encore que Saint-Brice, M. Maltor, curé de Groslay, plus fait pour être homme d'état et ministre que curé de village, et à qui l'on eût donné tout au moins un diocèse à gouverner, si les talents décidaient des places. Il avait été secrétaire du comte du Luc, et avait connu très particulièrement Jean-Baptiste Rousseau. Aussi, plein d'estime pour la mémoire de cet illustre banni que d'horreur pour celle du fourbe Saurin, il savait sur l'un et sur l'autre beaucoup d'anecdotes curieuses, que Séguy n'avait pas mises dans la vie encore manuscrite du premier. Et il m'assurait que le comte du Luc, loin d'avoir eu jamais à s'en plaindre, avait conservé jusqu'à la fin de sa vie la plus tendre amitié pour lui. M. Maltor, à qui M. de Vintimille avait donné cette retraite assez bonne après la mort de son patron, avait été employé jadis dans beaucoup d'affaires, dont il avait, quoique vieux, la mémoire encore présente, et dont il raisonnait très bien. Sa conversation, non moins instructive qu'amusante, ne sentait point son curé de village : il joignait le ton d'un homme du monde aux connaissances d'un homme de cabinet. Il était de tous mes voisins celui dont la société m'était le plus agréable, et que j'ai eu le plus de regret de quitter »7.

Le départ de Rousseau pour la Suisse affecte également l’abbé Maltor. En 1764, celui-ci déclare à Mme d'Houdetot, qu'il ne voit jamais sans lui demander des nouvelles de Rousseau : « Je l'aime toujours, je lui écrirais, mais j'ai chargé Mme Verdelin de le lui dire »8.

L’abbé Maltor n’est pas qu’un fin lettré. Il est aussi un pasteur attentif aux besoins de ses paroissiens. Il intervient notamment en 1753 pour soutenir les habitants de Groslay, à qui l’on demande encore de payer à Saint-Denis des droits de forage dans le cadre de l’affaire des « Franchises » (cf. supra). C’est lui, par ailleurs, qui accueillera quelques années plus tard l’abbé Lebeuf quand le célèbre historien visitera le village avant de composer le chapitre sur Groslay de son Histoire du diocèse de Paris.


L’abbé Martin, protégé de Mme d’Epinay

L’abbé Joseph-François Martin9, est nommé curé de Groslay à la mort de l’abbé Maltor, en 1767, poste qu’il occupera jusqu’en 1772. Il vient de la paroisse de Deuil, où il a été nommé curé en août 1749, appuyé par le seigneur de l’époque, M. de Lalive d’Épinay et son épouse, Mme d’Epinay : il faut préciser que l’abbé Martin a été directeur de conscience de la mère de Mme d’Epinay et a donné de sages conseils à sa fille quand celle-ci est tombée en dépression après la mort de sa fille nouveau-née, en 1747. L’abbé Martin a accompli un exploit dans ce village en obtenant un os du poignet de Saint-Eugène, tiré des reliques conservées par l’abbaye de Saint-Denis. L’abbé Martin est, comme l’abbé Maltor, un homme cultivé : il est licencié en droit de la Faculté de Paris. Comme son prédécesseur, il est très lié, aux Encyclopédistes. Diderot le décrit comme « Un gros homme dont le visage trahissait toutes ses impressions. Grimm disait que « celui qui entend le nez du curé a lu un grand traité de morale »10.

L’abbé Martin se retire en 1772 en Avignon, où il décède en 1783.


Ferdinand Berthoud

Au milieu du XVIII° siècle, la Guerre de Sept ans, ruineuse en hommes et en finances, oppose la France et l’Angleterre pour le contrôle de l’Amérique et du Pacifique. 
Faute de pouvoir faire le point en mer, les naufrages, errances et disparitions sont le lot courant des marins. Il faut, pour dominer les océans, maîtriser la technique encore balbutiante de détermination des longitudes.
En France, c’est Ferdinand Berthoud, immigré suisse et protestant, qui va résoudre le problème
avec ses horloges marines, depuis son laboratoire de Groslay.
En 1759, il publie un traité sur « l’art de conduire les montres ». C’est le début d’une brillante carrière, saluée par Louis XV, Louis XVI, la Convention et l’Empire !

Ferdinand Berthoud naît le 19 mars 1727, à Plancemont, montagne du Jura, comté de Neufchâtel : son père est bourgeois de Neufchâtel et Valengin, architecte et justicier du Val-de-Travers. Le jeune Ferdinand, dès ses premières années, annonce les plus grandes dispositions pour l'étude des mécaniques, ce qui engage sa famille à placer auprès de lui un horloger habile, afin de lui donner les premiers éléments de son art. Après avoir fait de profondes études dans les sciences mathématiques, la mécanique et l'art de l'horlogerie, Berthoud se rend à Paris, en 1745, pour se perfectionner, et dès ce moment, il adopte la France comme sa nouvelle patrie. Accueilli dans cette capitale des sciences et des arts, son génie na se borna point à la science de l'horlogerie simple qu'il avait jusqu'alors cultivée. Depuis longtemps la découverte des longitudes en mer a été l'objet des recherches des savants. Plusieurs souverains instituent d’importantes récompenses pour ceux qui parviendront au but proposé. Le roi d'Espagne Philippe III, qui monte sur le trône en 1598, est le premier qui propose un prix à cet effet. Les états de Hollande suivent son exemple. Le Parlement d'Angleterre assigne en 1714 une récompense de 20 000 livres sterling à celui qui trouvera un moyen de déterminer les longitudes à un demi-degré près dans une traversée de six semaines. Enfin Philippe d'Orléans, régent, en promet une au nom du roi de France.

Berthoud s’attaque à ce défi, en concurrence avec John Harrisson, horloger et mécanicien anglais, qui réussit, en 1765, à fabriquer une première horloge marine Time-Keeper (garde-temps), empochant une partie seulement du prix (le plan de son horloge est resté inconnu). Berthoud, de son côté, imagine en 1754 une horloge marine, dont il expose les principes en la présentant à la censure en 1761. Plusieurs de ses horloges subissent l'examen lors de différents voyages en mer dans les années 1764, 1768 et 1769. Cette mise à l’épreuve est concluante. Les productions de Berthoud sont reconnues comme offrant un fonctionnement de la plus grande précision. À l'appui de cette découverte, il publie plusieurs ouvrages concernant la construction des horloges marines.

Ses succès le font nommer successivement horloger-mécanicier de la marine, membre de l’Institut de France, de la légion d'honneur et de la Société royale de Londres. Il est souvent appeler à présider le jury d’exposition pour l’industrie nationale.

Berthoud se marie à deux reprises. En premières noces, il épouse en 1764, Mlle Chatry de Laiosse, de Caen en Normandie, qu'il perd en 1779. En 1782, il se marie en secondes noces à Adélaïde Dumoustier, née le 13 novembre 1758, à Saint-Quentin (Aisne). Il n'a pas d'enfants de l’un ou l’autre mariage.

Ferdinand Berthoud aime beaucoup sa résidence de Groslay, située sur la place Liseux. En 1790, il accepte la fonction de commandant en second de la Garde nationale du district de Montmorency. Il meurt le 20 Juin 1807 à Groslay, d’une hydropisie de la poitrine. La commune lui dresse un monument sur la place qui porte son nom, en haut du pays. Le bronze qui le représentait ayant été enlevé par les Allemands en 1941, il a été remplacé depuis lors par les habitants de Placemont, sa ville natale.

Principaux ouvrages de Berthoud :

- 1763 : Essai sur l'horlogerie.

- 1773 : Traité des horloges marines, contenant la théorie, la construction et la main-d'œuvre de ces horloges, et la manière de les éprouver.

- 1773 : Eclaircissement sur l'invention des horloges marines, proposées en France pour la détermination des longitudes en mer.

- 1775 : Les Longitudes par la mesure du temps, ou méthode pour déterminer les longitudes en mer avec le secours des horloges marines.

- 1787 : De la Mesure du temps, ou supplément au traité des horloges marines et à l'essai sur l'horlogerie.

- 1792 : Traité des montres à longitudes.

- 1797 : Suite du Traité des montres à longitudes, contenant la construction des montres à longitudes portatives.

- 1802 : Histoire de la mesure du temps par les horloges


Fanny de Beauharnais, femme de lettres

Fanny de Beauharnais, née Marie Anne Françoise Mouchard de Chaban, naît le 4 octobre 1737 à Paris. En épousant Claude II de Beauharnais (1717 – 1784), dont elle divorcera, elle deviendra tante de la future impératrice Joséphine de Beauharnais (1763-1814). Elle sera également la marraine de sa petite nièce Hortense, dite Reine Hortense et duchesse de Saint-Leu (1783-1837), qui donnera naissance à Napoléon III.

Fanny tient un salon réputé, fréquenté par les politiques, les artistes et les philosophes. Elle est une adepte passionnée des « Lumières ». Amie d’Olympe de Gouges, de Restif de la Bretonne et de bien des célébrités, elle habite le domaine de Groslay à la belle saison où son salon se transporte. Sa principale œuvre est la Fausse Inconstance (1787). Elle a également publié des Mélanges de poésies fugitives et de prose sans conséquence (1772), des Lettres de Stéphanie, roman historique (1773), l’Abailard supposé, roman (1780), l’Île de la Félicité, poème philosophique (1801), le Voyage de Zizi et d’Azor, poème en cinq livres (1811).

Elle meurt le 2 juillet 1813.


Régnault de Saint-Jean d’Angély, académicien et proche collaborateur de Napoléon 1er

Selon une tradition locale, Michel Régnault de Saint-Jean d’Angély, aurait été caché à Groslay après la chute de Napoléon. Voici ce qu’en dit l’abbé Pacaud :

« Dans la Cour du Rocher habitait autrefois une bonne vieille qui m’a souvent raconté que son arrière-grand-mère qui avait été en service chez le comte Regnaud de Saint-Jean d’Angély, un fidèle de Bonaparte, l’avait caché pendant plusieurs jours dans un grand cuvier alors qu’il était poursuivi par la police en 1815 »11.

Michel, Louis, Etienne Regnault de Saint-Jean d’Angély, naît à Saint-Fargeau (Yonne) le 3 novembre 1760 sous le patronyme de Regnaud et meurt à Paris le 11 mars 1819. Il est le fils d’Etienne Regnaud, ancien avocat du Parlement de Paris, président à sa naissance du bailliage de Saint-Fargeau. Sa mère, Marie Madeleine Bénigne Allenet, native d’Angers, appartient à l’une des grandes familles de Saintonge. C’est à Saint-Jean-d’Angély (Charente-Maritime) que le futur rédacteur du Code civil (1804) commence ses humanités, au collège des Bénédictines, dès l’âge de 6 ans. Il « monte à Paris » pour faire son droit. Il y est reçu avocat dès 1781, à l'âge de 21 ans. En 1784, il revient aux lieux de son enfance pour exercer sa profession Sous la Révolution, élu député du Tiers État de la sénéchaussée de Saint-Jean d’Angély, Régnaud siège aux États généraux dans le groupe des « conciliateurs », qui s'efforcent d'accorder les idées nouvelles avec celles de la monarchie. C'est alors qu'il ajoute Saint-Jean-d'Angély à son nom pour se démarquer de plusieurs homonymes, dont un procureur au Parlement de Paris. Il crée le Journal de Versailles, dont il devient le principal rédacteur en 1789 puis, en 1791, il collabore à divers journaux, dont le Journal de Paris et L’Ami des patriotes, subventionnés par la liste civile. Admirateur de Necker, ami de sa fille Madame de Staël, il appartient à la tendance libérale en 1789. C'est lui qui, en 1791, sur la proposition du marquis de Villette, fait voter le transfert en grandes pompes des restes de Voltaire au Panthéon, événement qui donne lieu à une liesse populaire. Il se fait aussi journaliste et polémiste, membre du parti des Feuillants avec Lameth, Desmeuniers et quelques autres. À la fin de la Constituante, il reprend son métier d'avocat (il se charge des intérêts de l'Ordre de Malte), mais surtout, il est avec Malouet, un des agents secrets de la Cour, en concertation avec les derniers ministres de Louis XVI, Montmorin, Valdec de Lessart et autres dispensateurs des fonds de la Liste civile.

Après la journée du 10 août 1792, il doit se cacher et vit clandestinement à Paris et sa région. Il se cache sous une fausse identité (« Desrichards, employé à l'armée du Nord »), rue du Bac, où des amis viennent le ravitailler. Il manque plusieurs fois de se faire arrêter en pleine rue. On le mentionne également à Montmorency, à l’Ermitage, où il aurait précédé Robespierre, selon certains auteurs12. Il réapparaît à Paris après la chute de ce dernier le 9 thermidor an II (27 juillet 1794).

Pendant sa cavale, Régnaud a trouvé un asile chez les parents d'une jeune actrice, Louise Augustine Chénié, dont il a un fils, Auguste, Michel, Etienne Régnault de Saint-Jean d’Angély, futur maréchal de France, né le 30 juillet 1794. La mère meurt en couches quinze jours plus tard et Régnaud recueille l'enfant qu'il reconnaît et élève. Il épouse un an plus tard, le 30 août 1795, Laure Guesnon de Bonneuil, immortalisée par le pinceau de François Gérard et connue par son salon politique, artistique et littéraire de 1796 à 1817. Sous le Directoire, nommé administrateur des hôpitaux de l’armée d’Italie, il y fait la connaissance de Napoléon Bonaparte et lie son destin au futur empereur. En Italie, il est le co-rédacteur avec Napoléon Bonaparte du journal La France vue de l’armée d’Italie. Regnaud suit Bonaparte en Italie en 1796, puis en Égypte en 1798, s'arrêtant à Malte qu'il républicanise. Devenu conseiller d’État, section de l'Intérieur, après le coup d’État du 18 Brumaire an VIII (9 novembre 1799), dont il contribue au succès, il tient un rôle d'éminence grise ou de conseiller occulte : Napoléon reconnaît ses hautes qualités de juriste, sa culture politique et historique ainsi que sa facilité à rédiger des discours.Sous le Consulat et l'Empire, le Premier consul le récompense en le nommant conseiller d’État en 1799 et président de la section de l’Intérieur en 1802. Il est nommé procureur général de la Haute Cour en 1807. Il s'occupe durant toute la période napoléonienne des relations du gouvernement avec le Sénat et se charge des affaires privées de la famille impériale : il est un des artisans du divorce avec Joséphine. En échange de ses services, Napoléon assure sa fortune, le nomme Grand Aigle de la Légion d’Honneur et le fait comte d'Empire (en 1808). Ayant accepté un portefeuille de ministre pendant les Cent-Jours, il est proscrit au retour des Bourbons et, frappé d'exil, il vit un an aux États-Unis, puis en Hollande et en Belgique. Gracié par l'ordonnance générale de 1819, il meurt la nuit même de son retour à Paris, le 11 mars.

Il est à noter que Regnault de Saint-Jean d’Angély est familier de la Vallée de Monmorency : il habite, de 1800 à 1806, le château construit à Eaubonne par l’architecte Ledoux (1800) et que Saint-Lambert a longtemps occupé (jusqu’en 1796). Il acquiert ensuite à Saint-Leu-la-Forêt, le château de la Chaumette (maintenant Lycée-collège du Rosaire).


Ferdinand Martin, chirurgien orthopédiste

Né le 28 mars 1795 à Groslay, il est le fils de Jean Martin - qui a travaillé dans l’atelier de Ferdinand Berthoud, ce qui lui vaut son prénom - et de Marie Geneviève Rigault. Le petit Ferdinand suit son père à Paris quand ce dernier s’y installe. Il suit des études de médecine, puis de chirurgie. Son cursus honorum est brillant : docteur en médecine, chirurgien-orthopédiste des maisons impériales d'éducation de la Légion d'honneur (30 juin 1836), chirurgien-mécanicien de l'hôtel impérial des Invalides (1837), lauréat de l'Institut (Académie des sciences, médecine et chirurgie) en 1835, 1839 et 1850, chevalier de la Légion d'honneur, président de la Société médico-pratique de Paris (1864). Il meurt à Paris le 10 février 1866.

Il est surtout connu pour ses prothèses de jambes :

« La jambe de M. Martin a subi l'épreuve du temps et de l'expérience. Une jeune fille, opérée il y a trois ans par votre rapporteur, et qu'il vous a présentée lui-même, en porte une depuis cette époque, et en éprouve si peu de gêne qu'elle oublie parfois qu'elle a perdu une partie de sa jambe naturelle, qu'elle peut danser avec grâce et fait sans se fatiguer des courses très longues et très pénibles. Un jeune Espagnol, que nous vous avons également montré, est dans le même cas. Enfin, plusieurs autres malades opérés par d'autres chirurgiens ont comme ceux-là éprouvé les avantages du moyen que nous préconisons »13.

Ses principales œuvres :

- Exposition du mécanisme du pied bot de naissance, 1823.

- (en collaboration avec le docteur Collineau) : Coxalgie, de sa nature, de son traitement, Adrien Delahaye, 1865.


Le père Languet de Gergy, curé de Saint-Sulpice et 39e abbé de Bernay

Selon Charles Lefeuve, l'abbé Languet, curé de Saint-Sulpice, «  occupait vers le milieu du XVIII siècle une des maisons de campagne de ce village »14.

Jean-Baptiste Joseph Languet de Gergy (1675-1750) est le frère du célèbre Jean-Joseph Languet de Gergy, évêque de Soissons puis archevêque de Sens, anti-janséniste notoire. Il naît à Dijon le 6 mai 1675, de Denis Languet, procureur-général au Parlement de Bourgogne, magistrat. Docteur en théologie à la Sorbonne à 28 ans, il devient curé de Saint-Sulpice en 1714, soit un an avant la mort de Louis XIV. Les mémoires du temps font connaître les expédients auxquels il a recours pour la construction de son église, dont Louis Leveau donne les plans. La reine Anne d’Autriche en a posé la première pierre en 1646. Mais, en 1718, l’édifice s’élevait à peine au niveau du sol. Le curé Languet ayant fait exposer dans les rues de Paris, avec des troncs de souscription, les pierres destinées à son église, des dons volontaires, accrus d’une loterie, ne tardent pas à produire des ressources suffisantes. Le chevalier Servandoni est chargé de l’achèvement de l’édifice, inauguré le 30 juin 1745. L’abbé Languet, qui désire une statue de la Vierge en argent massif, prend l’habitude de mettre son couvert dans sa poche dans les maisons où on l’invite. Adrienne Lecouvreur, à qui il donnera par reconnaissance la sépulture chrétienne alors refusée aux comédiens, lui envoie sa vaisselle plate, ce qui fait donner à la Vierge de Saint-Sulpice le surnom de Notre-Dame de Vieille-Vaisselle. Les marbres sont offerts par le due d’Orléans. Les deux grandes coquilles des bénitiers proviennent du muséum d’histoire naturelle. Le 1er mai 1745, il reçoit en commende l’abbaye de Bernay (Eure), dont il devient le 39e abbé et où il se retire peu après la cérémonie de dédicace de l’église Saint-Sulpice. Il meurt le 11 octobre 1750 et est enterré dans l’église Saint-Sulpice, où son tombeau est encore visible.


Des bienfaiteurs de la commune : la famille Treuttel – Würz – Jung

Jean Georges Treuttel, naît à Strasbourg en 1744. Il est de religion protestante, plus exactement luthérienne de la Confession d’Augsbourg, comme beaucoup de ses compatriotes alsaciens. Il fonde vers 1770 à Strasbourg une maison d’édition qui deviendra très importante, au point d’ouvrir une succursale à Paris en 1795 et une autre à Londres en 1817. En 1785, il épouse en secondes noces Suzanne Marie Wurtz, qui lui donne 12 enfants, dont trois seulement lui survivront.

En 1795, après la fin de la Terreur, Treuttel vient à Paris pour fonder une succursale. Il installe un comptoir au 17 rue de Lille et achète le Château-Vieux de Groslay. Luthérien très fervent, il fréquente, comme beaucoup de protestants installés à Paris ou en Ile-de-France, la chapelle aménagée depuis près de 170 ans au sein de l’ambassade de Suède à Paris. Le problème se pose à lui de la sépulture de ses coreligionnaires, car le cimetière communal entoure l'église et suivant la coutume de l’époque, on n'y enterre que des catholiques. Aussi crée-t-il sur ses terres un cimetière privé15, au centre duquel s'élève un petit bâtiment cultuel. Les défunts sont enterrés en cercle, la tête tournée vers la chapelle. Par décret du 22 juillet 1806, Napoléon 1er interdit aux citoyens français de fréquenter les chapelles étrangères16. C'est la fin des paroisses d'ambassade. Treuttel et son gendre Würtz militent alors pour la fondation à Paris d’un temple évangélique luthérien. Leurs efforts aboutissent deux ans plus tard : le 11 août 1808, Napoléon Ier, se trouvant à Nantes, signe un décret disposant qu'il y aura à Paris « une Église consistoriale consacrée au culte de la Confession d'Augsbourg, pour les Protestants de cette communion du département de la Seine et des départements circonvoisins ». Le premier Consistoire de 12 membres est constitué le 17 septembre suivant. J. G. Treuttel, en devient tout naturellement le président. Il entre en fonction le 1er janvier 1809. Son gendre fait également partie du premier consistoire. Tous les deux, ils multiplient les œuvres sociales et charitables : création d'écoles, d'établissements de charité, de sociétés de bienfaisance et de prévoyance, de la Société biblique protestante, de la Société de la morale chrétienne, etc. Jean-George Treuttel meurt en 1826.

« Il a constamment employé une partie de sa fortune à des œuvres d'utilité publique et à des actes de bienfaisance. Nous citerons, entre autres, une école d'enseignement mutuel élémentaire, et une maison de retraite pour les vieillards, fondées par lui et par sa respectable épouse à Groslay ; une coopération principale à la fondation du culte du temple des Billettes, à Paris ; des secours procurés à la commune du Ban de la Roche, dans une année de famine ; des bienfaits répandus, dans des temps désastreux, lors des incendies et des inondations, en Alsace, et ailleurs, etc… Un grand nombre de membres de son église et de l'église catholique, du commerce, et des diverses Sociétés philanthropiques ont accompagné sa cendre au lieu de sa sépulture dans le sein de sa famille, à Groslay. Plusieurs discours, non seulement des pasteurs, mais du maire entouré des officiers municipaux, des notables et d'autres habitants de la commune, ont retracé avec attendrissement les vertus et les bienfaits du défunt »17.

Son épouse et ses deux gendres continuent son œuvre tant sur le plan professionnel que charitable.

On doit en particulier à Mme Treuttel, comme on l’a vu, la fondation de l’école élémentaire installée à Deuil en 1817 et 1818. Elle crée également avec Mme Le Blanc, épouse du premier maire de Groslay et d’autres dames de charité, un Bureau de Bienfaisance pour les enfants nécessiteux du pays.

Jean-Godefroy Würtz, un de ses gendres, né à Strasbourg en 1768 ou 69, meurt à Paris en 1841. Il participe à l’administration de la maison d’édition de son beau-père et concourt avec lui à la création d'écoles, d'établissements de charité, de sociétés de bienfaisance et de prévoyance, de la Société biblique protestante, de la Société de la morale chrétienne, etc. Il est juge au tribunal de commerce de la Seine et membre de la Société asiatique de Paris.

Jacques Henri Edouard Jung, autre gendre de M. Treuttel, est né à Mayence. Associé de son beau-frère, J. G. Würtz, il prend, après le décès de ce dernier en 1841, la direction de la maison, qu'il cède en 1857 à son fils aîné. L’entreprise poursuit le cours de ses affaires sous la raison E. Jung-Treuttel. Jacques Jung sera membre du Consistoire luthérien pendant 38 ans.


Delphine Ugalde, cantatrice

Mme Delphine Ugalde, est née à Groslay en 1830, selon Charles Lefeuve. Son biographe rectifie « Mme Ugalde vint au monde ... le 3 décembre 1829 », tout en reconnaissant qu’elle préfère annoncer qu’elle est née au début 1830 et à Paris. Voici la suite de sa carrière :

« Sa mère lui apprit le chant dès qu'elle commença à parler. Elle n'a jamais eu d'autre professeur, et elle n'a pas eu lieu, vous le voyez, de se plaindre de celui-là - que lui avait donné la nature... Elle fut engagée au Château des Fleurs - où l'on danse maintenant - mais elle n'y chanta point. Sur la recommandation du compositeur Limnander, elle allait débuter dans les Monténégrins à l'Opéra national, que dirigeait Adolphe Adam, quand éclata la révolution de février. Par suite de la fermeture de ce théâtre, la pièce fut portée par l'auteur à l'Opéra-Comique avec cette condition expresse toutefois que Mme Ugalde en créerait le principal rôle : elle fut donc engagée. Il était temps, car elle allait partir pour l'étranger.

Elle débuta dans le Domino noir. Ensuite, elle joua successivement l'Ambassadrice, le Caïd, le Toréador, la Fée aux roses et enfin les Monténégrins. Le public dilettante l'adopta bien vite... Trois ans se passèrent, et puis... et puis un jour elle perdit sa voix. Oh ! c'est affreux, n'est-ce pas, après tant et de si beaux succès !... L'instrument était cassé. Vous croyez peut-être que là-dessus, elle renonça au théâtre, la vaillante artiste... Ah ! Bien oui ! Elle fit contre fortune bon cœur et « il ne me reste plus assez de voix pour chanter l'opéra », se dit-elle, « mais j'en ai encore plus qu'il n'en faut pour dire les couplets de vaudeville ! ». Et comme elle est comédienne jusqu'au bout des ongles, elle ne dédaigna pas, elle, la prima donna acclamée, d'entrer modestement aux Variétés, où elle joua les Trois Sultanes, de Sedaine. Mais la nature en elle n'avait pas dit son dernier mot. Elle partit pour l'Italie et revint avec toute sa voix. Elle l'avait retrouvée en route... Le 23 décembre 1854, elle rentra triomphalement à l'Opéra Comique et y chanta Galathée, le Songe d'une nuit d'été, Psyché, la Dame de Pique, etc. En 1858, elle joua, au Théâtre-Lyrique, Suzanne, des Noces de Figaro, la Fée Carabosse et Gil Blas. Elle revint à l'Opéra-Comique reprendre l'Étoile du Nord et ses principaux rôles. Puis elle créa les Bavards et les Georgiennes aux Bouffes-Parisiens. Elle joua le Prince Charmant, dans la Biche au bois, à la Porte Saint-Martin, et... la voici revenue aux Bouffes, où elle a chanté la Veuve Grapin, les Pantins de Violette, Daphnis et Chloé et les Chevaliers de la Table-Ronde sous la direction de son second mari, M. Varcollier... »18.


Une dynastie de maires et de bienfaiteurs de la commune : les Comartin

Pierre François Comartin, syndic des huissiers auprès du tribunal de la Seine, achète en 1796 le presbytère précédemment occupé par l’abbé Martin. Il devient maire de 1811 à 1816, date de son décès. C’est lui qui doit faire face à l’occupation étrangère en 1814 et 1815, avec beaucoup de dévouement.

Son fils, Pierre Joseph Comartin lui succède tant dans la maison familiale qu’à la municipalité. Il occupera pendant trente ans la fonction de maire, jusqu’en 1846. Il dirige à Paris un très gros négoce d’import-export et s’occupe par ailleurs d’activités artistiques : il est vice-président de l’Athénée Royal à Paris.

Pierre Joseph a deux fils : Jules Pierre Ignace et Octave. Octave Comartin est à son tour nommé maire en 1857. Avant d’achever son mandat en 1865, il publie la première histoire de Groslay (cf. bibliographie). Une des filles Comartin, Marie, épouse Alphonse Lasson, qui sera lui aussi maire. Une autre fille, Caroline, épouse Lucien Rambaud, à qui elle donne un fils, Louis, et trois filles. Louis Rambaud sera lui-même père de jeunes filles qui, bien que parisiennes, continueront à fréquenter l’ancienne maison Comartin, devenue « Maison des demoiselles Rambaud ». La maison, qui s’était ornée en 1860 d’une tourelle de style néogothique, a été rasée en 1952. Elle a détenu un record, celui d’avoir abrité des membres de la même famille pendant 165 ans et quatre maires totalisant 45 ans de mandat.



Hervé Collet,

avec les contributions de Gérard Ducoeur et de Jacques Clouet,

Janvier 2010.


BIBLIOGRAPHIE


Ouvrages de base

- Collin (F.), Groslay, à bâtons rompus, Valhermeil, 2006, 144 p.

- Comartin (O.), Recherches archéologiques sur l’église et le village de Groslay, précédées d’une étude sur l’histoire et la sépulture de saint Eugène, Paris, 1865, 224 p.

- Pacaud (abbé G.), Groslay de Seine et Oise, le terroir, les habitants, les évènements depuis les origines, 1949, 2e éd., 1966. 3e éd, revue et augmentée, avec la contribution de Jean Aubert, 1990, 178 p.

- Patoueille (abbé L.), Groslay, son origine, son histoire, son église, Publiroc, Marseille, 1958, 56 p.

- Vincent (J.), Groslay 1899, monographie de l’instituteur (1899), éditée par l’association "Mieux vivre à Groslay", 1992, 114 p.


Autres références

- Acta Sancti Eugenii, Vie de saint Eugène, Bibliothèque des Carmes Déchaux de Paris.

- Aubert (B.), Cauwenbergh (E.Van), (sous la dir.), Saint Eugène Ier de Tolède, Saint Eugène de Deuil, in Dictionnaire d’Histoire et de Géographie ecclésiastiques, vol. 15, 1963, p. 1363-1367.

- Aubert (J.), Deuil et Groslay, in La grande histoire du Val d’Oise, Edijac, 1987, Deuil p. 224-226, Groslay p. 246-247.

- Beaupré (M. de), Vie et culte de saint Eugène, archevêque de Tolède, martyr et confesseur au troisième siècle, et l'un des patrons de Paris, suivis de la description et de l'organisation de la nouvelle église placée sons son vocable, et ornés du portrait du curé fondateur, Paris, Chaix, 1856.

- Bedos (B.), La Châtellenie de Montmorency des origines à 1368, Aspects féodaux, sociaux et économiques, SHAPVOV, 1980, p. 179-183.

- Chantilly : Les Archives. Le Cabinet des titres, Musée Condé, Archives, Champion, 1929 (numérisé).

- Clouet (J.), Ferdinand Berthoud, horloger des explorateurs, Conservatoire du Patrimoine, Groslay, 2007, 156 p.

- Collectif, Groslay, in, Les Vitraux de Paris, de la région parisienne, de la Picardie et du Nord-Pas-de-Calais, coll. Corpus Vitrearum, Recensement des vitraux anciens de la France, n° 1, éd. CNRS, IGMRAF, 1978, 312 p., p. 117- 118.

- Couverchel (J.-F.), Conseils hygiéniques aux cultivateurs, par un maire de campagne. Paris, imp. Duverger, sans date, in-12 de 43 pages. (commentaire de l’époque : « Cet opuscule, publié vers 1850, est de Couverchel, pharmacien à Paris, et alors maire de Groslay, près de Montmorency ».

- Ducoeur (G.), Les voies romaines dans le nord du Bassin Parisien, in Bull. JPGF, n° 2, 1973, p. 30-33.

- Dupâquier (J.), (sous la dir.), Paroisses et Communes de France, Dictionnaire d’histoire administrative et démographique, Région Parisienne, éd. CNRS, Paris, 1974, p. 514.

- Gachelin (M.), Deuil-la-Barre (Val d’Oise) Saint Eugène et le lac Marchais, étude dactylographiée, 7 p., 1966.

- Gassowski (J.-P.), L’armorial des communes du Val d’Oise, éd. Gaso, Mériel, 1996, s. p.

- Lebeuf (abbé J.), Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris, Paris, t. 1, 1758, ré-éd. 1883.

- Lefeuve (C.), Le tour de la vallée : histoire et description de Montmorency, Enghien-lesBains, Napoléon-Saint-Leu… Herblay/par Lefeuve, Dumoulin, Paris, 1ère éd., 1856. 2e édition, 1866. Rééditée par le Cercle Historique et Archéologique d’Eaubonne et de la vallée de Montmorency, Eaubonne, 1975, 256 p. (Ces deux éditions présentent des versions très différentes)

- Lours (M.), Groslay, Saint-Martin, in Églises du Val-d’Oise, Pays de France, Vallée de Montmorency, Dix siècles d’art sacré aux portes de Paris, SHAG PDF, 2008.

- Lours (M.), Saint-Martin de Groslay, Le martyre de sainte Barbe, in Vivre en V.O. n° 83, déc.-janv. 2004, p. 46-49.

- Marsaux (abbé L.), Vitraux de l’église Saint-Martin de Groslay, Mémoires SHAP VOV, t. 12, Pontoise, 1889, p. 5-12.

- Mulon (M.), Noms de lieux d’Ile-de-France. Introduction à la toponymie, Bonneton, 1997.

- Dr. Perrochet, Essai sur la thérapeutique des eaux minérales d’Enghien et sur la topographie physico-médicale de la vallée de Montmorency, par le docteur Perrochet, de Montmorency, Paris, Malteste, 1839, 112 p.

- Poisson (G.), Groslay, in Dictionnaire des monuments d’Ile-de-France, Hervas, Paris, 2001, p. 377.

- Poisson (G.), Groslay, in Evocation du grand Paris. La banlieue nord-ouest de Paris, t. 2, 1960, pp. 508-513.

- Quelques notes inédites sur J.-B. Languet de Gergy, 39e abbé de Bernay (1745-1750), E.-V. Veuclin, imprimeur, Bernay, 1886, 7 p.

- Razy (E.), Histoire de saint Eugène et de son époque, 1859.

- Roblin (M.), Le terroir de Paris aux époques gallo-romaine et franque, Picard, Paris, 1971, 496 p.

- Roblin (M.), Saint Eugène et l’étang sacré de Deuil (S.et O.), in Mémoires FSHA IDF, t. 2, 1950, (1952).

- Tessier (E.), Saint Eugène, le culte de ses reliques à travers les siècles, Paris, 1888.



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1 Octave Comartin, op.cit., p. 117.

2 Le 150ème lot est le potager situé de l'autre côté de la rue de Montmorency.

3 Gassowski (J.-P.), L’armorial des communes du Val d’Oise, éd. Gaso, Mériel, 1996, s. p.

4 Charles Lefeuve, op. cit., édition de 1866, p. 89.

5 Cf. notre article « histoire générale de Deuil-la-Barre ».

6 Il l’a connu chez le comte de Luc.

7 Rousseau, les Confessions, livre X.

8 Auguste Rey, Jean-Jacques Rousseau dans la vallée de Montmorency, 1909, p. 236

9 Auguste Rey, dans son ouvrage susnommé, inverse l’ordre des prénoms : François-Joseph. Diderot le prénomme Jean-François (cf. Denis Diderot, Oeuvres complètes de Diderot : revues sur les éditions originales, comprenant ce qui a été publié à diverses époques et les manuscrits inédits, conservés à la Bibliothèque de l'Ermitage, notices, notes, table analytique, Paris, Garnier, Volume 18, 1876, p. 476).

10 Denis Diderot, op.cit, p. 476

11 Abbé Georges Pacaud, op. cit., p. 127.

12 Cf. par exemple :

- Georges Touchard-Lafosse, Histoire des environs de Paris, 1834, p. 303 : « L'Ermitage, avant la révolution, appartint à M. de Belzunce, gendre de madame d'Épinay. Devenu propriété nationale, il fut loué à diverses personnes. M. Regnault (de Saint-Jean-d'Angély) en était locataire vers 1794. Il fut contraint de le céder à Maximilien Robespierre ».

- Gaston Lenôtre, Le mysticisme révolutionnaire : Robespierre et la "Mère de Dieu", Perrin et cie, 1926 : « Elle (la maison de l’Ermitage) fut louée un certain temps par Regnault de Saint-Jean-d'Angely, ex-député à la Constituante, qui, proscrit et caché, laissa l'Ermitage vacant ».

13 Nicolas Joseph Victor Ansiaux, Traité des bandages et appareils, Riga, 1839, 336 pages, p. 321.

14 Charles Lefeuve, op. cit., éd. de 1866, p. 83.

15 Le naturaliste Bosc, protestant lui aussi, en fait autant à Saint-Prix. Pour donner une idée du peu de tolérance que le culte protestant peut encore rencontrer à cette époque, il convient de citer l’arrêté pris par le maire de groslay en 1826 – il est vrai très réactionnaire - aux termes duquel on doit mettre à part dans le cimetière tout individu mort « hors la sainte religion catholique, apostolique et romaine, lors même que la famille achèteait un terrain ». Cf. Jules Vincent, Groslay 1899, Monographie de l’instituteur 1900, éditée par l’association "Mieux vivre à Groslay", 1992, p. 69

16 Il convient toutefois de noter que le 15 germinal an X, les « articles organiques des Cultes protestants » garantissent la liberté des cultes, et organisent les Églises réformées et celle de la Confession d'Augsbourg, sous le régime consistorial. L'Église de la Confession d'Augsbourg devient « Église d'État », fortement centralisée, sous l'autorité du Consistoire général de Strasbourg et de son Directoire.


17 Notice nécrologique puliée dans la Revue encyclopédique, ou Analyse raisonnée des productions les plus remarquables, Vol. 32, Bureau Central de la Revue Encyclopédique, 1826, p. 857.

18 Félix Savard, Les actrices de Paris, 1867, p. 253.