Qu’entend-on par « Vallée de Montmorency » ?

La vallée en 1768 (source BNF)
On désigne habituellement sous le terme de Vallée de Montmorency l’espace compris entre les buttes boisées, de Sannois - Orgemont - Cormeilles-en-Parisis d’un côté et de Montmorency - Saint-Leu - Taverny - Bessancourt de l’autre. Elle n’est traversée par aucune rivière dans le sens de la longueur. Les seuls cours d’eau sont des ruisseaux (appelés rûs) qui dévalent les pentes et se perdaient autrefois au fond de la vallée dans des terrains marécageux, dont le lac d’Enghien est un des plus beaux vestiges.
L’appellation Vallée de Montmorency est déjà attestée en 1688, dans une lettre du Comte de Bussy (Rabutin), évoquant la future transformation du duché de Montmorency en duché d’Enguien. Il n’arrive pas à s’imaginer que la vallée de Montmorency puisse désormais s’appeler la vallée d’Enguien ! En 1784, J.-C. Le Prieur publie sa Description d’une partie de la vallée de Montmorenci, et de ses plus agréables jardins.
Dans son ouvrage Essai sur la thérapeutique des eaux minérales d’Enghien, paru en 1838, le docteur Perrochet, médecin à Montmorency, écrit :
« Au quinzième siècle, on appelait Vallée de Montmorency tout l’espace compris entre le sommet de Montmorency et les hauteurs de Meudon. Ce large vallon coupé par la Seine formait un duché-paierie qui appartenait à l’illustre maison du premier baron chrétien. Plus tard la vallée cessa de franchir le fleuve et fut restreinte au bassin qui s’étend de Saint-Denis à Pontoise. Elle sera plus resserrée encore dans notre topographie » (il décrit Andilly, Deuil, Eaubonne, Enghien-les-Bains, Epinay, Ermont, Groslay, Margency, Montlignon, Montmorency, Saint-Gratien, Saint-Prix, Soisy-sous-Montmorency).
La vallée de Montmorency ne peut se prétendre d’être l’héritière – en tout cas pas la seule héritière – de l’ancien duché de Montmorency, car celui-ci débordait largement, d’un côté sur le pays de France (avec Ecouen, Domont, Chauvry, Bethemont, Bouffémont, Saint-Brice, Piscop) et de l’autre sur ce qu’il est convenu d’appeler le Parisis (dont Herblay et Pierrelaye) et comprenait également Epinay (aujourd’hui en Seine-Saint-Denis). Tout au plus, peut-on rappeler que la grande partie de ses communes (les anciennes paroisses) faisaient partie de la baronnie de Montmorency qui, selon une charte accordée par Philippe-le-Bel en 1293, comprenait 14 villages : « Sosoi, Grosloi, Montmeignie, Andreilli, Migafin (Margency), Montlignon, Metiger (écart de Montlignon), Tour (Saint-Prix), Yeaubonne, Ermon, Sarnois, Franconville, Saint-Gratien et Espineil ».
Le périmètre administratif actuel de cette vallée varie selon les auteurs. L’association Valmorency, pour sa part, propose d’inclure sous cette dénomination les communes couvertes par les deux communautés d’agglomération (la Communauté d’agglomération de la Vallée de Montmorency (CAVAM) et Val-et-Forêt), auxquelles il convient d’ajouter quelques villes non couvertes actuellement par une coopération intercommunale. Les 21 communes concernées par l’appellation Vallée de Montmorency pourraient donc être les suivantes : Andilly, Beauchamp, Bessancourt, Deuil, Eaubonne, Enghien-les-Bains, Ermont, Franconville-la-Garenne, Frépillon, Groslay, Le Plessis-Bouchard, Margency, Montlignon, Montmagny, Montmorency, Saint-Gratien, Saint-Leu, Saint-Prix, Sannois, Soisy-sous-Montmorency, Taverny. C’est d’ailleurs le périmètre indiqué par le Conseil général du Val d’Oise dans son numéro spécial de présentation de la Vallée de Montmorency en 2006.
Une vallée portée aux nues
depuis le XVIIIème siècle
Les
citations d’écrivains vantant les mérites de la Vallée de
Montmorency sont innombrables et élogieuses depuis le XVIIIème
siècle. Citons notamment :
- Grimm, le 15 juin 1762, dans sa
correspondance littéraire : « La vallée qui s’étend depuis le
coteau d’Enghien (NB. c-à-d. Montmorency) jusqu’à la rivière
de la Seine est une
des plus agréables contrées des environs de Paris. Elle
est fameuse pour ses cerises et d’autres fruits.
C’est un
jardin de l’étendue de plusieurs lieues,
rempli d’habitations
délicieuses ».
-
Abel Hugo en 1835 dans La
France pittoresque : «
La vallée de Montmorency est surnommée le
jardin de Paris
».
- Le
Dictionnaire de
l’Académie Française,
en 1835, cite la Vallée de Montmorency pour illustrer la définition
du mot Vallée :
«
VALLÉE, s. f. Espace entre deux ou plusieurs montagnes. Descendre
dans la vallée. Un torrent qui tombe dans une vallée. C'est une
belle vallée. Une vallée abondante, fertile. Sa
maison est située dans la vallée de Montmorency.
Cette vallée est entrecoupée de ruisseaux. La vallée de Tempé.
-
Amédée Achard, en 1855, dans Les
environs de Paris : «
C'est une vallée bénie que la main de Dieu a semée des plus
gracieuses merveilles… Quoi qu’on fasse pour la gâter, elle sera
toujours la plus
charmante vallée du monde ».
-
Jacques-Antoine Dulaure en 1858, dans son Histoire
physique, civile et morale des environs de Paris
: « … l'heureuse position de Montmorency et l'agrément des
campagnes voisines en font encore
un des lieux les
plus célèbres et les plus fréquentés des environs de la capitale
».
De
nombreux auteurs du XIXème siècle ont été jusqu’à comparer la
Vallée de Montmorency à la vallée grecque de Tempé,
que les poètes avaient portée au pinacle à une période où le
sentiment de la nature atteignait son apogée.
C’est ainsi, notamment, que Francois Alexandre Stanislaus Wimpffen dans ses Lettres d'un voyageur (1788) s’exclame :
«
«
Je n'avois point encore vu de paysage qui se présentât avec ce ton
de richesse et d'opulence que lui donne une foule de superbes
châteaux, de jardins, de parcs, de villages répandus sur le
penchant des collines et dans la plaine. Avec plus de simplicité et
d'autres habitans, ce
seroit la vallée de Tempé ».
NB. La
Vallée de Tempé est le nom donné par les anciens Grecs à la
gorge creusée par le Pénée entre le mont Olympe au Nord, le mont
Ossa au Sud, pour s'ouvrir un passage de la plaine de Thessalie vers
la mer. Les Turcs l'appellèrent Boghaz
(défilé), les Byzantins Lykostomo
(la
gueule du loup). Longue de 40 kilomètres, elle est entaillée dans
un petit massif de marbre encadré de micaschistes. Entre les
abruptes murailles rocheuses, la tranquillité de l'eau et l'opulence
de la végétation étalant ses tapis de verdure ombragés d'arbres
puissants créent un délicieux contraste. Il explique la célébrité
de la vallée de Tempé. Les anciens l'avaient consacrée au culte
d'Apollon.